Calcul du TJM freelance : méthode pour couvrir charges, congés et marge

Pour calculer votre TJM freelance, estimez d’abord le chiffre d’affaires annuel nécessaire pour financer votre revenu, vos frais professionnels, vos cotisations et une marge de sécurité. Divisez ensuite ce montant par vos jours réellement facturables, pas par l’ensemble des jours travaillés. Les congés, la prospection et l’administratif doivent donc réduire le dénominateur.

La formule du TJM freelance

Le taux journalier moyen, ou TJM, correspond au prix hors taxes facturé pour une journée de prestation. Il ne s’agit ni d’un salaire journalier ni du montant que vous conservez. Une partie du chiffre d’affaires paie les cotisations, les outils, les assurances, les déplacements et les périodes sans facturation.

Lorsque les cotisations et autres coûts variables sont exprimés en pourcentage du chiffre d’affaires, la formule la plus utile est :

TJM HT = (revenu annuel visé + frais fixes annuels) ÷ [jours facturables × (1 − taux de prélèvements proportionnels − taux de marge de sécurité)]

Chaque donnée doit être définie sans double compte :

  • Le revenu visé est la somme que l’activité doit vous laisser avant votre impôt personnel sur le revenu, sauf si vous avez choisi de l’intégrer explicitement.
  • Les frais fixes comprennent notamment les logiciels, la banque, l’assurance, la comptabilité, le matériel amorti et le bureau.
  • Les prélèvements proportionnels regroupent les cotisations assises sur le chiffre d’affaires, les commissions de plateforme et les autres coûts liés aux ventes.
  • La marge de sécurité finance les imprévus, les retards de paiement et une partie du développement futur. Ce n’est pas une charge déjà comptée ailleurs.

Si votre statut ne permet pas de ramener simplement les cotisations à un pourcentage du chiffre d’affaires, partez plutôt d’une simulation annuelle de rémunération et de charges. C’est notamment le cas d’une société ou du portage salarial. Un taux forfaitaire copié sur internet peut donner une illusion de précision tout en faussant le résultat.

Compter les jours facturables sans oublier les congés

Le piège classique consiste à diviser l’objectif annuel par 220 ou 230 jours. Or un indépendant ne facture pas chaque journée ouvrée. Les congés ne sont pas payés par un employeur, et le travail commercial reste souvent invisible sur les factures.

Construisez votre calendrier annuel en retirant successivement :

  • les congés et jours fériés que vous ne travaillerez pas ;
  • les jours de prospection, de rendez-vous avant-vente et de préparation des devis ;
  • l’administration, la comptabilité et les relances ;
  • la formation, la veille et l’entretien de vos outils ;
  • les intercontrats, les annulations et une provision raisonnable pour les aléas.

Un calendrier prudent peut, par exemple, partir de 250 jours ouvrés, puis retirer 30 jours de congés et jours fériés, 35 jours de prospection et d’administration, 10 jours de formation et 15 jours d’aléas. Il reste 160 jours potentiellement facturables. Si votre activité débute ou dépend de missions courtes, retenir 130 à 150 jours pour le premier budget peut être plus réaliste.

Cette hypothèse doit venir de votre propre activité. Consultez vos douze derniers mois : nombre de jours vendus, temps commercial réel et périodes creuses. Le calcul du seuil de rentabilité complète utilement le TJM en indiquant combien de journées doivent être vendues avant que l’activité couvre ses coûts.

Exemple de calcul avec charges et marge

Prenons une consultante indépendante qui vise 36 000 euros de revenu annuel avant impôt sur le revenu. Ses frais professionnels fixes atteignent 6 000 euros. Elle prévoit 140 jours facturables et souhaite conserver 10 % du chiffre d’affaires en marge de sécurité.

Dans cet exemple, elle exerce en micro-entreprise dans une activité libérale BNC relevant du régime général. L’Urssaf indique un taux global de cotisations sociales de 25,6 % à partir du 1er janvier 2026 pour cette catégorie. Ce taux ne doit pas être transposé à une prestation BIC, à une profession relevant de la Cipav ou à une société.

Donnée Montant ou hypothèse
Revenu annuel visé 36 000 €
Frais fixes annuels 6 000 €
Cotisations proportionnelles 25,6 % du CA
Marge de sécurité 10 % du CA
Jours facturables 140 jours

Le chiffre d’affaires cible est de (36 000 + 6 000) ÷ (1 − 0,256 − 0,10), soit environ 65 217 euros HT. Divisé par 140 jours, le TJM minimal ressort à 466 euros HT. Un tarif affiché de 470 euros HT par jour évite un arrondi défavorable.

À ce niveau de chiffre d’affaires, environ 16 696 euros financent les cotisations sociales, 6 522 euros constituent la marge de sécurité, 6 000 euros couvrent les frais et 36 000 euros restent disponibles avant impôt personnel. Le calcul est cohérent, mais il reste prévisionnel : un changement de statut, de frais ou de volume vendu impose de le reprendre.

Le régime micro a en outre ses propres limites et ne permet pas de déduire les dépenses réelles du bénéfice imposable. Si ce point vous concerne, vérifiez le fonctionnement de la micro-entreprise au lieu de regarder uniquement le taux de cotisations.

Distinguer TJM plancher et tarif commercial

Le résultat de la formule est un plancher économique, pas automatiquement votre prix de vente. Le tarif commercial dépend aussi de la valeur produite, de la rareté de votre compétence, du niveau de responsabilité, de la durée de la mission et des prix acceptés sur votre marché.

Comparez donc deux chiffres. Le premier est votre TJM minimal, sous lequel votre modèle ne finance plus ses objectifs. Le second est le tarif que le marché accepte pour une mission comparable. Si le marché paie moins que votre plancher, baisser le prix ne règle pas le problème : il faut revoir le ciblage, le périmètre, les coûts ou le nombre de jours vendables.

Pour une mission au forfait, estimez le nombre de jours nécessaires, multipliez-le par votre TJM, puis ajoutez le coût du risque propre au projet : cadrage incomplet, retours, coordination ou délai serré. Définissez aussi par écrit les livrables et le nombre d’allers-retours. Le forfait devient dangereux lorsque toutes les demandes supplémentaires sont absorbées gratuitement.

Tester le TJM avant de l’annoncer

Faites au moins trois scénarios : prudent, central et favorable. Dans le scénario prudent, baissez le nombre de jours facturables et augmentez légèrement les frais. Vous verrez immédiatement si votre tarif résiste à deux mois creux ou à la perte d’un client important.

Recalculez ensuite votre TJM chaque année et lors de tout changement significatif : nouveau statut, hausse d’assurance, achat de matériel, sous-traitance, passage par une plateforme ou augmentation des congés. Suivez également votre marge nette réelle, car un tarif correct sur le papier peut être dégradé par des missions mal cadrées.

Enfin, gardez la bonne unité de mesure. Le TJM est exprimé hors taxes lorsque la TVA s’ajoute à la facture. La TVA collectée n’est pas un revenu. Et si vous débutez, la réalité du travail en freelance impose de piloter le prix, le temps non vendu et la trésorerie ensemble. Le bon TJM n’est pas le plus élevé possible : c’est celui qui finance durablement votre activité tout en restant défendable face au client.